murena 2J’ai poursuivi avec bonheur ma lecture de l’intégrale de Murena. « Le cycle de l’épouse » rassemble les quatre albums suivants de la saga initiée avec « le cycle de la mère ».

En 62, trois ans après la mort d’Agrippine, la belle Poppée, qu’Agrippine avait elle-même choisi, règne sur le cœur de Néron. Elle a bien des points communs avec la mère de l’empereur, goût pour l’intrigue, infatigable séductrice, ambition extrême, perversion. Néron même après la mort de sa mère, n’est guère mieux entouré. Quant à Murena, il s’est réconcilié avec Néron, du moins en apparence car doutes et rancœurs subsistent. D’autant plus qu’une femme va venir compliquer la situation. Murena est séduit par Acté, l’ancienne favorite de Néron, lorsque celui-ci l’apprend par Poppée, se sentant trahi, il veut asseoir sa domination sur Murena et décide de séparer les amoureux en donnant un mari centurion à Acté. Désespéré Murena part à la recherche de sa belle…De plus, la mort de Britannicus n’a pas été oubliée, l’on se charge bien volontiers de le rappeler à Néron. Lors d’une course de char, Néron est défait par un mystérieux aurige au masque rouge, les menaces intervenant peu après, il fait mener l’enquête.

Dans ce second cycle, les personnages de Néron et de Murena prennent une toute autre dimension, immanquablement les actions de l’un affectent le destin de l’autre. Murena et Néron s’affrontent indirectement, chacun son clan. Les personnages secondaires aussi sont plus étoffés tandis que de nouveaux personnages apparaissent, fourbes et malhonnêtes. Les gladiateurs ne sont plus seulement dans l’arène, Massam, à la solde de Néron et de Poppée, combat Balba, désireux de venger la mort de Britannicus, protégé par Murena. La vision de la société romaine s’élargie avec l’arrivée des chrétiens et des conflits avec les Gaulois dans l’univers de la saga. Le règne de Néron est à son apogée, il a de grands projets pour Rome, qu’il veut assainir et marquer de son empreinte. Le grand incendie, auquel est consacré le dernier volume du « cycle de l’épouse », s’en chargera. La bande dessinée atteint ici son paroxysme, autour de Murena l’étau se resserre tandis que Néron bascule lentement mais sûrement dans la folie.

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Le dernier tome, Les épines, inaugure un nouveau cycle, « le cycle de la mort », Murena se met au service des plus démunis en aidant  à la reconstruction après l’incendie, qu’il a déclaré au cours d’une rixe. Néron veut saisir cette opportunité pour réaliser ses rêves de grandeur. Seulement Rome réclame un responsable pour avoir déclencher l’incendie. Jusqu’ici tolérant envers les chrétiens, protégés par Poppée, ceux-ci semblent être les coupables idéaux. Les persécutions contre les chrétiens font désormais rage. Dans ce dernier tome, Murena est plus que jamais en danger.

Alors qu’avec le premier cycle, centré sur Néron, on assistait à la naissance du « monstre » qu’évoquait Racine à propos de sa tragédie Britannicus, le second cycle est bien plus sombre que le premier, et le troisième s’annonce pire…Y-a-t-il une possibilité de rédemption, d’apaisement, du moins pour Murena ? En attendant les prochains tomes, car suite au décès de Philippe Delaby, le nouveau dessinateur n’a pas été nommé, on peut déjà dire sans se tromper que Murena fait partie des classiques de la bande dessinée.