heureux et damnesEn 1922, lors de la publication des Heureux et les damnés, Francis Scott Fitzgerald est un écrivain en vogue. Son premier roman, publié deux ans plus tôt, L’Envers du paradis a fait scandale et l’a propulsé en tête des jeunes auteurs américains. Pour ce second roman, Fitzgerald puise son inspiration tout simplement dans sa vie et parle de ce qu’il connait bien, la jeunesse américaine issue de la bourgeoisie. On retrouve ici des thèmes déjà présents dans l’Envers du paradis, et qui seront développés dans toute l’œuvre de Fitzgerald.

Anthony Patch est l’héritier d’une grande famille, il ne lui reste pour seul parent que son grand-père. Mélancolique, Anthony est un piètre étudiant, mais noue des amitiés indéfectibles à l’université. C’est d’ailleurs par l’intermédiaire de l’un d’entre eux qu’il va rencontrer Gloria, sa future épouse, une très belle jeune femme dotée d’une armée de soupirants. Les jeunes gens se marient rapidement, vont de soirée en soirée, leur vie n’est faite que de plaisirs. Tout naturellement l’argent vient à manquer, ni l’un ni l’autre n’a l’intention de travailler. L’essentiel de leur activité consiste à attendre la mort du grand-père Patch pour toucher l’héritage. Voilà qui résoudrait tous leurs problèmes ! Seulement, ce n’est pas aussi simple, la guerre éclate en Europe et Anthony est mobilisé, le couple jadis si amoureux, s’éloigne toujours un peu plus l’un de l’autre, pour mieux se rapprocher par la suite ?

On fait souvent la comparaison entre les couples Anthony/Gloria et Scott/Zelda, certes Scott a mis beaucoup de lui-même dans le personnage d’Anthony, il y a même quelque chose de prémonitoire particulièrement touchant dans l’alcoolisme d’Anthony. Quant à Gloria, cette pimbêche tient autant de Ginevra King, le premier amour de Fitzgerald, que de Zelda. Gloria rêve d’une carrière au cinéma comme Zelda souhaitait être danseuse, vœu contrarié par son mari. Avec Les Heureux et les damnés, Fitzgerald canalise son écriture, améliore la construction de son roman, plus équilibrée. On trouve déjà de belles pages sur la grandeur et la décadence, cette vision du monde désenchantée, car les valeurs que prônent Anthony et Gloria, n’ont plus cours, leur mode de vie est dépassé. Appartenant à la classe dirigeante, pour eux travailler est signe d’abaissement social, l’écriture peut être à la fois une source de revenus et un passe-temps aristocratique pour Anthony, il apprendra à ses dépens que ce n’est pas le cas ! La guerre a changé les mentalités, sépare les hommes entre ceux qui ont combattu, les héros, et les autres. Ce livre n’est pas mon préféré de Fitzgerald, mais j’aime savoir que ce qui m’a fascinée, ce que j’ai tant aimé dans Gatsby et Tendre est la nuit, est déjà là et ne demandait qu’à s’épanouir. C’est comme un amour de jeunesse, pas très abouti, mais dont on se souvient avec tendresse…

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