instinct primaireCette lettre publiée par Pia Petersen a déjà donné lieu à des débats passionnés sur la blogosphère, c’est bien normal puisqu’ici Pia Petersen aborde ce qui touche toutes les femmes, le mariage, les enfants et la liberté individuelle. À travers ces questions se dégage une conception du rôle et de la place de la femme dans la société, et dans la sphère intime.

« Instinct primaire » s’adresse à l’homme dont elle a été la maîtresse et qui décide d’officialiser leur relation en la demandant en mariage. Pia Petersen a refusé au dernier moment et lui écrit donc cette très belle lettre pour lui expliquer les motifs de son refus, lui qui n’a pas voulu les connaître, car il n’y a rien de plus difficile à dépasser qu’une rupture sans explication.

Pia Petersen revient sur les débuts de leur histoire, lorsqu’il était marié à une autre, leur couple qui semblait si différent des autres tant leur entente était parfaite. D’ailleurs Pia Petersen clame haut et fort  sa différence avec les autres femmes, cette récurrence tout au long de cette lettre  m’a un petit peu agacée, elle n’est pas une maîtresse comme les autres, ne tempête pas, accepte qu’il la trompe et souffre en silence, elle ne veut pas avoir d’enfant ni se marier. Certes elle a choisi de ne pas se marier avec l’homme qu’elle aime et de ne pas avoir d’enfant, elle a choisi un mode de vie hors des conventions et elle assume ses choix, quand bien même tout cela lui parait naturel et cohérent, elle doit toujours se justifier et les défendre aux yeux des autres, surtout des autres femmes. Pour les femmes qui ont des enfants, ne pas en avoir est désormais inconcevable, du coup la vie des femmes sans enfant leur semble vide, de là à extrapoler sur le bonheur de chacune il n’y a qu’un pas. Elle fait un bien triste portrait de ses copines, qui se plaignent que leur mari n’aide pas, ne sont pas forcément heureuses dans leur couple, mais ont un statut d’épouse et de mère qu’elle n’a pas, c’est  un club dont elle est exclue. Ce qu’elle constate avant tout et avec justesse, c’est que le jugement des femmes à son égard est bien plus dur que celui des hommes, je n’ai jamais entendu un homme me dire « tu ne peux pas comprendre, tu n’as pas d’enfant », alors qu’on s’est toutes entendu dire ça de la part d’une amie au moins une fois. Au début ça blesse mais après on finit par s’y faire… Mais que fait l’auteur de celles qui sont épanouies en tant que femme et mère, il y en a bien pourtant ? Ce n’est malheureusement pas une position que l’auteur envisage.

La valeur fondamentale pour Pia Petersen, c’est la liberté, celle qu’elle a choisi, de vivre seule pour mieux se consacrer à l’écriture. Elle se définit par son statut d’écrivain qui nécessite d’être réceptive, ouverte au monde, de l’observer en permanence. Etre écrivain est une manière d’être, on ne peut s’en détacher. C’est peut-être ce que j’ai trouvé de plus touchant dans cette lettre, cette déclaration d’amour à l’écriture, le seul véritable engagement qu’elle ait pris.  Sans toujours être d’accord avec les positions de Pia Petersen, les problématiques abordées concernent toutes les femmes, c’est pour cela que je remercie tout particulièrement Asphodèle d’avoir fait voyager ce livre et toutes celles qui suivront.