frontieres exilParmi les étagères de ma librairie favorite, j’ai été immédiatement attirée par ce bel ouvrage, « Victor Hugo, aux frontières de l’exil », l’image si romantique du poète sur son rocher contemplant la mer…

Nous sommes en 1853, opposant au régime de Napoléon III, Victor Hugo est alors exilé à Jersey, inconsolable depuis que sa fille Léopoldine est morte noyée 10 ans auparavant. Accidentellement ? Rien n’est moins sûr… Au cours d’une séance de spiritisme, Victor Hugo voit apparaître sa fille qui lui fait une bien étrange révélation. Il ne lui en faut pas plus pour vouloir faire toute la lumière sur cette affaire, lui qui a appris le décès de sa fille et de son gendre cinq jours plus tard alors qu’il était en voyage avec sa maîtresse. Seulement pour cela, il doit se rendre sur le continent, sur les lieux même du drame et courir le risque d’une arrestation.

C’est un récit à plusieurs niveaux, à l’enquête menée par le Poète, qui l’entrainera dans les bas-fonds de la capitale, les auteurs, Esther Gil au scénario, et Laurent Paturaud pour les illustrations, nous immergent aussi dans les secrets du cabinet de Napoléon III. L’empereur déploie de nombreux espions, le célèbre Vidocq reprend du service, pour tenter de déjouer les complots anarchistes. Haussmann présente son plan des transformations de Paris, afin d’assainir certains quartiers et éviter les insurrections. La réalité se mêle à la fiction tout au long de cette bande dessinée, à la fin de l’album, un petit dossier graphique, se charge de clarifier tout ça. Les dessins sont superbes, parfois on dirait un qu’un voile de mystère vient se poser, ils sont classiques, élégants, même si j’ai eu du mal à clairement différencier les personnages féminins, qui se ressemblent toutes étrangement. L’éditeur Daniel Maghen est aussi galeriste, les illustrations de Paturaud peuvent être consultées sur le site de l’éditeur ou à la galerie.

Gil et Paturaud s’emparent avec brio d’un épisode tragique de la vie de Victor Hugo, mais le traite de manière originale pour en faire le portrait d’un homme blessé, très engagé politiquement, ennemi de l’Etat, et génial homme de lettres.