ames

C’est un village français comme il y en a tant, quelque part en Lorraine peut-être, le lieu n’est pas particulièrement précisé. Autour, la Grande Guerre fait rage. À V., nous n’en saurons pas plus, la population est  doublement divisée entre les soldats partis au front, les courageux, et ceux qui sont restés à l’usine, entre les notables et le petit peuple. Ainsi la vie du village est rythmée selon les assauts, les soldats, les gueules cassées qui errent, troublent la tranquillité des bonnes gens. Dans ce décor déjà sombre, notre narrateur vient nous raconter le drame qui bouleversa le village : une enfant, aimée de tous, est retrouvée assassinée. De celui-ci nous savons peu de choses, sauf qu’il est impliqué dans l’Enquête, il était policier, et que ces faits se sont passés il y a longtemps mais sont restés bien présents dans les mémoires.

Claudel crée tout un monde comme si de vieux albums photos prenaient vie. Dans cette ambiance couleur sépia, difficile de trouver la lumière, tous les personnages semblent écrasés par la pesanteur de leur destin, même la jolie institutrice fraîchement arrivée n’échappe pas à la règle. Le récit se concentre sur peu de personnages. Il y a le juge, antipathique au possible, sans aucune compassion ni dignité, l’énigmatique procureur, veuf, solitaire, propriétaire d’un immense château, qui intrigue tant le narrateur. L’Enquête doit être vite résolue, il faut trouver le coupable idéal.

J’ai été littéralement happée par ce court roman, dans cet univers sombre, où tout le monde a quelque chose à cacher, un cadavre dans le placard, même les bons ne le sont jamais tout à fait…C’est une belle exploration de l’âme humaine et de ses différentes facettes, des nuances de gris qui valent vraiment le détour. 

 

ABC REDIMENSIONNE