Une fois n’est pas coutume, à la faveur d’un déplacement professionnel à Paris,  j’ai délaissé les livres pour aller voir de belles expositions.

Le sculpteur australien Ron Mueck est de retour à la Fondation Cartier, grand succès de l’année, l’exposition est prolongée, j’ai pu donc en profiter. Dès l’entrée dans ce grand cube vitré, nous sommes frappés par le réalisme des sculptures. Sous un parasol multicolore, nous surprenons un couple âgé partageant un moment de tendresse à la plage, la tête de l’homme reposant sur les cuisses de la femme. Ron Mueck sculpte le moindre détail, les plis de la peau, un grain de beauté, de la corne sous les pieds… Toutes les sculptures sont plus saisissantes les unes que les autres, seule l’échelle n’est pas réaliste, aucune des sculptures n’est grandeur nature. Tout le mystère de ces œuvres réside dans l’expression des personnages, mélancolie, tendresse, angoisse, c’est difficile à déterminer, le spectateur peut aisément imaginer des tas d’histoires sur ces personnages. Il y a peu d’œuvres exposées, Mueck travaille lentement aidé par deux assistantes. L’exposition présente aussi un film, on y voit toutes les étapes de la création,  on peut seulement déplorer que le film ne soit pas plus vivant, cela aurait apporté plus de dynamisme à cette visite.

ron mueck1

Le majestueux Grand Palais accueille cet automne la rétrospective de l’œuvre de  Georges Braque. Les peintures de Braque sont présentées de manière chronologique. Tout d’abord la période fauve, inspirée par Cézanne, avec ses paysages du pays marseillais aux couleurs vives. Puis la rencontre avec Picasso, les deux hommes vont s’influencer, la déconstruction des objets, dans des tons gris, beiges, la couleur vive s’en est allée, le cubisme est né. Après la guerre de 14, la couleur est de retour, pour renouer avec le réel, la peinture est enrichie de matière avec du sable, des caractères d’imprimerie, des papiers collés, sont autant d’indices pour deviner les objets représentés. Braque peint beaucoup, sous l’Occupation, il peint des natures mortes, des objets du quotidien, mais transfigurés, les poissons deviennent noirs sur la toile. Après la guerre sa peinture s’assombrit encore avec la série des ateliers où l’on peut déjà noter la présence du motif de l’oiseau, la dernière salle est d’ailleurs consacrée à cette série. L’exposition est enrichie par de courts documentaires, des reportages photos, et des extraits de sa correspondance avec les plus grands artistes de son temps (Ponge, Paulhan, Michaux, etc…), mais aussi par les sculptures de Braque. Cette très belle rétrospective rend hommage à celui que Jean Paulhan avait appelé « le Patron », il l’est toujours.