martineden

Il y a des auteurs que l’on a adoré puis qu’on a délaissé sans trop savoir pourquoi… Jack London est de ceux-là. J’avais adoré Croc-Blanc et l’Appel de la forêt au collège, depuis j’ai lu des biographies, je me suis plus intéressée à sa vie qu’à son œuvre. C’est pourquoi j’ai eu envie de le redécouvrir. Mon choix s’est naturellement porté sur Martin Eden, roman partiellement autobiographique.

Au cours d’une rixe, Martin Eden vient au secours d’un jeune bourgeois, Arthur Morse. Celui-ci l’invite à dîner pour le remercier. Le choc est rude pour Martin, marin sans instruction. Lors de cette soirée, il pénètre dans un nouveau milieu social, découvre que les codes sociaux sont différents et qu’il ne les maîtrise pas, surtout il tombe éperdument amoureux de Ruth, la sœur d’Arthur. Martin prend immédiatement conscience de l’abîme qui les sépare. Face au raffinement de ces gens, à leurs discours de gens instruits, Martin a honte de son manque d’instruction, de sa grossièreté. Dès lors, Martin décide de changer, de se transformer et d’accéder à ce stade de distinction. Martin oublie la mer, s’acharne à étudier la philosophie, la sociologie, la littérature au détriment de sa santé et de ses finances. Bientôt, l’envie d’écrire le prend, Ruth sera sa muse, ses voyages aussi sont source d’inspiration. Tout ce qu’il entreprend est pour prouver à Ruth qu’il peut être digne d’elle, arriver à son niveau. Séduite par la volonté et le caractère exotique du jeune homme, Ruth décide de l’aider. C’est une chose de conquérir une fille mais c’en est une autre que de conquérir sa famille. Seul contre tous, essuyant refus sur refus de la part des éditeurs, Martin ne cède pas face à l’adversité, il a foi en son talent. La chance finit par tourner mais pour Martin, il est déjà trop tard.

Tout en célébrant la lutte, l’acuité de l’autodidacte contre l’académisme de ces gens, l’ambition et la confiance en soi, London se détache de son double fictionnel : le personnage de Martin ne se reconnaît plus dans le milieu ouvrier mais il n’est pas accepté dans le monde des bourgeois. Il n’a plus de place légitime dans la société, Martin se heurte à l’effondrement de sa théorie de l’adaptation à son milieu, influencée par celle de Darwin.

Dans ce roman datant de 1909, bien avant Fitzgerald et la Génération perdue, Jack London remet en question le rêve américain et écorne le mythe du self-made-man. Mais pourquoi ai-je laissé de côté cet auteur pendant si longtemps !!? Maintenant je ne vais plus le lâcher !!

logo lacune