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« Nous n’avions jamais été ce dont nous avions l’air ».

Qui étaient Scott et Zelda Fitzgerald ? Un couple de fêtards impénitents ? Un écrivain alcoolique et son épouse névrosée ? Ce serait bien réducteur ! Avec Faulkner et Hemingway (qu’il a aidé à ses débuts), Fitzgerald a donné ses lettres de noblesse au roman américain. Connaissant immédiatement le succès avec son premier roman, Fitzgerald fait partie de ces écrivains synonymes d’un âge d’or de la littérature et de la vie d’artiste. Picasso, Hemingway, Pound, Dos Passos et Fitzgerald pouvaient se retrouver dans la même pièce, autour de Gertrude Stein par exemple. Une telle concentration de talents qui nous  laisse de nos jours bien songeurs ! Leurs destins hors du commun, leurs œuvres ont tant marqué la littérature qu’à leur tour, ils sont devenus des personnages de roman.

Mais ce qui fascine les lecteurs de Francis Scott Fitzgerald, c’est aussi sa relation passionnelle avec celle qu’il épousa, la dernière des belles du Sud, Zelda Sayre, qui a nourri son œuvre.

Des Fitzgerald on sait tout ou presque. On a tant écrit sur eux. Dans ce roman très documenté, Therese Anne Fowler choisit de nous les raconter en adoptant le point de vue de Zelda, du récit de ses premières années en Alabama jusqu’au crépuscule de sa vie en asile psychiatrique. On tarde un peu à rentrer dans l’histoire car on est impatient d’arriver à la période mythique : ce tourbillon de fêtes, la vie parisienne, le charme de la Côte d’Azur, Hemingway et les autres. Puis voir comment tout se fissure. Scott sombre dans l’alcoolisme, Zelda dans la folie. On peut déplorer cependant que l’auteur passe si vite sur la dernière partie de la vie de Zelda. On peut faire le parallèle avec « Alabama Song » de Gilles Leroy, qui évoquait avec brio cette partie. Chez Fowler, le portrait de Zelda est plus réservé concernant la santé mentale de Zelda. La Zelda qui intéresse Fowler et qu’elle souhaite mettre en valeur c’est la Zelda passionnée, drôle, avec un sens aigu de la répartie, lucide, narcissique, qui a des projets et s’y jette à corps perdu et qui parvient à nous toucher.  Fowler met au centre du roman l’amour que se portaient les deux époux que l’on aurait tendance à oublier et la difficulté pour Zelda de s’émanciper de son rôle d’épouse d’écrivain célèbre car elle se heurte à la mentalité avant tout conservatrice de son mari mais aussi de la société. On apprécie aussi à la fin du roman que l’auteur dans un court texte nous explique ses choix et son parti-pris pour mieux nous faire plonger dans l’intimité de Zelda.

Ce roman a le mérite de nous donner l’envie de lire ou de relire les romans de Scott  Fitzgerald ou le seul roman de Zelda « Accordez-moi cette valse », dans lequel on ressent l’influence de l’écriture de Scott. Mais sans Zelda, peut-être n’y aurait-il pas eu d’histoires de flappers ou de « Tendre est la nuit. »